Pourquoi c’est si difficile de changer nos habitudes ? Réflexion sur les Samskaras
- 2 août
- 3 min de lecture
En yoga, il existe un mot qui résonne beaucoup pour moi : Samskara.
On pourrait le traduire par empreinte. Chaque expérience qu’on vit, chaque pensée qu’on rejoue en boucle, chaque geste qu’on répète laisse une trace en nous.
Au début, ça peut avoir l’air de rien, mais à force de passer toujours par le même chemin, on crée un pattern de plus en plus franc, de plus en plus balisé. On peut ne même plus remarquer qu’on prend toujours le même sentier, parce que c’est commun, parce que c’est testé. Et ce même si ce chemin nous rende service… ou pas pentoute.
Un de mes professeurs utilisait une image que j’ai adorée.
Imaginez un terrain vierge sur lequel il pleut.
Les premières gouttes s’écoulent un peu partout. Ensuite, les semaines passent, les mois, les années. L’eau commence tranquillement à se creuser un petit ruisseau jusqu’à devenir une rivière.
Nos habitudes, c’est un peu la même chose. Chaque fois qu’on réagit de la même façon, qu’on entretient la même peur, le même discours, qu’on pose le même geste, on approfondit ce ruisseau.
À un certain point, on ne choisit même plus consciemment.
Il deviendra de plus en plus difficile de faire bifurquer l’eau vers une autre rivière. Une petite pluie ne sera pas assez. Il faudra une tempête. Un débordement, ou même construire un barrage pour créer un autre passage. Au final, ça prendra quelque chose de grand, de fort, de non-habituel.
Toujours croiser la même jambe en s’asseyant.
Prendre son cellulaire sans avoir besoin.
Prendre le même trajet pour aller travailler.
Les épaules qui remontent quand on est stressé.
Cette voix qui nous dit qu’on n’est pas assez ou trop.
La peur de décevoir, de perdre, de manquer.
Dire oui… quand c’est non.
Ce n’est pas notre personnalité.
Ce sont ces chemins empruntés, trop souvent, qui sont devenus automatiques.
Ce qui me fascine le plus, c’est que ce n’est pas juste notre cerveau qui tient l’information, notre corps les porte lui aussi. Le corps a une mémoire infinie.
Il garde en mémoire les protections, les tensions face aux coups des mots, des gestes, de tous ces événements qu’on appelle la vie.
Notre souffle qui change pendant une conversation, un texto, une annonce.
Notre mâchoire qui serre de colère.
On va même jusqu’à s’abstenir de certains mouvements, de comportements.
Le yoga, dans tout ça, ne nous aide pas seulement à effacer ces empreintes bien profondes, mais surtout à les voir.
On apprend à observer, à ressentir, sur notre tapis de yoga, que nous sommes rigides, stressés, en besoin de contrôle ou léthargique, qu’on force trop, qu’on fuit l’inconfort, qu’on cherche toujours à performer.
À force d’être conscient et honnête avec soi, on est déjà plus près de former une nouvelle rivière. D’essayer autre chose. Faire de la place à une autre approche, une autre réponse.
On respire. On ralentit. On relâche. On choisit une autre façon de bouger.
Ce nouveau chemin est fragile et facile à abandonner. Il est beaucoup moins naturel à suivre que le bon vieux chemin tapé. Il va demander de l’attention, du courage.
Le yoga ne nous transforme pas en une seule pratique. Il a son effet par répétition. Par la constance. Par ces gestes répétés (de manière consciente), qui eux aussi deviennent des Samskaras.
En se permettant de façonner d’autres possibilités. Chaque fois qu’on se reconnaît dans un pattern, on a l’opportunité d’en changer la direction, vers un sentiment de bien-être, de liberté.
D’oser créer du nouveau. Par et pour nous. ~ Marjorie
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